Les origines du Museum national d’histoire naturelle

De nombreuses personnalités ont contribué à son rayonnement actuel. On retiendra surtout deux hommes nés à Montbard à quelques années d’intervalle sur les terres de Bourgogne :

  • le premier et le plus âgé, Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naturaliste, mathématicien, biologiste, cosmologiste, philosophe et écrivain, à la tête du Jardin royal.

  • le second, son cadet de 9 ans, Louis Jean-Marie Daubenton, naturaliste et médecin, premier directeur du Museum national d’histoire naturelle, à la tête du Cabinet royal des curiosités ou Cabinet du roi.

Aux origines, on trouve un « jardin d’utopie » créé au 16ème siècle sur la terre d’Alez (approximativement les actuels quartiers Saint-Victor et du Jardin-des-plantes sur les berges de la rive gauche ((sud)) de la Seine dans le 5ème arrondissement) par un apothicaire philanthrope qui donne des cours d’herboristerie.

Au 17ème siècle, en 1626, sur les conseils de son premier médecin et du cardinal de Richelieu, Louis XIII le promulgue en Jardin royal des plantes médicinales. Des savants l’administrent et dispensent leurs connaissances. Les cours sont donnés non seulement à des scientifiques français et étrangers mais aussi au grand public et exclusivement en langue française ce qui est une première pour l’époque, supplantant le latin, la langue habituelle du « savoir ».

Le succès est tel que la faculté de médecine de Paris en prend ombrage. Le petit neveu de fondateur du Jardin, Guy-Crescent Fagon, administre remarquablement l’établissement. Il réussit à apaiser le conflit avec la faculté, recrute de prestigieux botanistes et encourage des voyages d’étude dans des pays lointains.

Mais c’est au 18ème siècle que tout s’accélère. L’activité se diversifie : de l’art de guérir par les plantes, on passe progressivement à l’histoire naturelle.

Après une période de flottement, en 1739, le Jardin du roi, comme on l’appelle désormais, prend une nouvelle dimension grâce à Buffon (1707-1788).

Ce naturaliste complet (il publie tout au long de son mandat, la monumentale Histoire naturelle en 36 volumes, un véritable best-seller de l’époque) va diriger l’institution pendant près d’un demi-siècle jusqu’à sa mort. Grâce à lui en 50 ans, le jardin double sa superficie, l’école de botanique ainsi que le cabinet d’histoire naturelle sont agrandis et avant son décès, un vaste amphithéâtre et une nouvelle serre sont mis en chantier.

Buffon est un précurseur, un scientifique et un homme d’affaires.

Épuisées par les guerres de Louis XIV, les caisses de l’état sont vides et la dette est considérable.

Pour construire de nouveaux bateaux, le bois est nécessaire. La seule construction d’un vaisseau de haut bord nécessite l’abattage de trois mille chênes centenaires. Le constat est catastrophique : faute d’avoir su gérer ses forêts, le royaume de France se trouve confronté à une crise forestière profonde, durable et croissante, suscitant de vives inquiétudes parmi les autorités.

A cette époque, Buffon possède de l’argent et des terres qu’il a hérités de son grand-père. Ce dernier n’ayant pas aimé le comportement de son fils après le décès de la mère de Buffon, lègue sa fortune à son petit-fils.

Ainsi notre naturaliste s’attaque à ses premiers travaux de sylviculture. Il sème des graines dans différents sols pour déterminer quels terrains conviennent le mieux aux différentes espèces, écorce des arbres sur pied avant de les couper pour voir si ce procédé augmente la solidité du bois… et observe les résultats dans ses forêts, qu’il considère non plus comme une collection d’arbres, mais comme une entité en soi, un ensemble où les individus entretiennent des relations particulières entre eux.

Pour résumer, Buffon expérimente ce qu’il ne cessera de faire toute sa vie car « la seule et vraie science est la connaissance des faits. »

Buffon voit loin. Il met également ses compétences mathématiques au service de la Marine sous forme de calculs bruts.

Il recrute de nouveaux et brillants naturalistes comme Guy-Crescent Fagon, un de ces prédécesseurs l’avait déjà fait auparavant. Les voyages de découverte et d’étude à but naturaliste se succèdent.

On découvre la nature animale du corail, on explore le Pérou espagnol ainsi que la Guyane, l’île Maurice et ses épices, les Indes Orientales.

En un demi-siècle, l’énergie et le travail acharné de Buffon font du Jardin du roi, l’un des phares scientifiques du 18ème siècle. Parmi ses nombreuses capacités, on citera celle de reconnaître les nouveaux talents.

Il embauche Louis Jean-Marie Daubenton : leurs familles sont proches à Montbard. Il exploite ses dons pour la dissection et l’étude anatomique pour lesquelles il a peu d’affinité et lui demande de le seconder. Bien qu’ils aient des caractères très différents, ils collaborent ensemble pendant 10 ans à l’issue desquels ils se fâchent.

Buffon le fait nommer au Cabinet de curiosités du roi, dépendant du Jardin du roi : Daubenton est à l’origine de son essor, le transformant en un véritable embryon du Museum national d’histoire naturelle. Ses descriptions d’animaux sont d’une extrême précision et sont considérées comme le point de départ de l’anatomie comparée.

Il est l’un des premiers savants à l’appliquer aux espèces fossiles, ce qui lui permet de réfuter l’existence des géants comme le fait que l’orang-outan puisse être un homme sauvage grâce à l’observation des articulations des membres inférieurs.

En 1783, il est professeur d’économie rurale à l’école vétérinaire d’Alfort. Il intervient également dans d’autres établissements prestigieux et obtient de nombreuses distinctions. Il s’intéresse également à l’amélioration de la production de laine en introduisant en France les mérinos, une race de moutons espagnols qu’il élève et dont il fait des croisements avec des races autochtones.

A la Révolution, le 10 juin 1793, la Convention transforme le Cabinet du roi et le Jardin royal des plantes en Museum national d’histoire naturelle et Louis Jean-Marie Daubenton en devient le premier président.

Il y est nommé également professeur de minéralogie, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort. Le but est d’instruire le public, constituer des collections et de participer activement à la recherche scientifique. Le corps des professeurs et leur directeur élu et renouvelé chaque année devaient être les garants de l’indépendance de la recherche.

Daubenton est enterré dans le labyrinthe du Museum national d’histoire naturelle,  près de la gloriette de Buffon dont les métaux proviennent de la région de Montbard, sa terre natale et dont la devise Horas non numero nisi serenas (« Je ne compte que les heures heureuses ») lui était chère.

Aux cours des siècles suivants, d’autres scientifiques de renom se succèdent et participent à l’essor et l’extension du Museum national d’histoire naturelle malgré les vicissitudes de l’Histoire. De nouveaux milieux jusque là peu ou pas explorés de par le monde sont étudiés. L’espace est également un nouveau sujet d’intérêt…

Conclusion

Encore aujourd’hui, le Jardin des Plantes du Museum national d’histoire naturelle, qui fête cette année ses 400 ans, reste un lieu unique où science, nature et histoire se croisent au cœur de la capitale. Deux à trois millions de visiteurs fréquentent ses 24 hectares en bord de Seine.

On peut y découvrir à partir de 1794, la Ménagerie, le plus vieux zoo de France et le deuxième plus ancien zoo du monde après celui de  Vienne en Autriche. Le public peut y admirer alors pour la première fois certains animaux exotiques.

Zarafa, première girafe arrivée en France en 1827, offerte par le vice-roi d’Égypte y devient une véritable star nationale. Sa popularité est telle que robes, coiffures, pâtisseries  » façon girafe » envahissent les boutiques parisiennes.

En 1972, une autre vedette arrive au parc : Nénette, une femelle orang-outang de Bornéo qui fêtera cette année ses 57 ans.

Mais indéniablement Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon et Louis Jean-Marie Daubenton, originaires tous deux de Montbard en Bourgogne, occupent une place primordiale dans l’existence et le développement de cette magnifique institution.

Sources :

Cet article a été sélectionné et rédigé par le Dr CARRERE

 

 

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