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A Paris : deux petits métiers canins oubliés

Les tondeurs-laveurs de chiens et les ramasseurs de déjections canines.

Le premier salon de toilettage a ouvert ses portes en 1933 rue de Moscou. Puis d’autres ont rapidement suivi. Avant leurs créations, pour faire tondre son chien il fallait se rendre sur les bords de la Seine où des tondeurs après avoir payé un droit au service de navigation disposaient d’un petit bateau qui leur servait de magasin et d’atelier.

La première tondeuse pour chien est apparue en 1850.

Les artistes du genre les plus réputés étaient les frères Doerrhoefer et le spécialiste du pont de Solférino installés en amont du pont des Arts.

Les aficionados de chiens élégants comme le caniche avaient à cœur de s’y rendre pour effectuer les tontes les plus en vogue : le lion, la culotte, les macarons, les initiales. Les fesses de l’animal devaient paraître fraîches et rosées comme un jambon ce qui obligeait les propriétaires de revenir très régulièrement.

Le prix de l’intervention variait de 3,50 francs à 6 francs en fonction de la fréquence des visites et de la bourse des clients. Pour les moins fortunés, une simple culotte était suffisante car elle n’avait pas besoin d’être rafraîchie trop souvent et elle étoffait bien les chiens un peu maigrelets.

Les macarons étaient jugés dans l’ensemble trop fantaisistes sauf pour les bouchers de la Villette ou les marchands de vin espiègles qui appréciaient le faux chic.

La dextérité des tondeurs était telle que ni le professionnel, ni l’animal n’étaient blessés au cours de la pratique de l’acte.

Les tondeurs pouvaient aussi être amenés à laver les chiens après la tonte ce qui occasionnait des scènes cocasses appréciées par les badauds. Si les animaux aimaient se mettre à l’eau de leur propre chef dans la Seine, les obliger pouvait au contraire à les braquer.

Il n’était pas rare que le laveur optait pour une méthode énergique qui consistait à faire perdre pied au chien et pendant que ce dernier pataugeait, il pouvait le frictionner à son gré. Un lavage au savon simple coûtait 1 franc et au savon insecticide dit « tue-puces » 1,5 franc.

Les périodes d’affluence étaient bien évidemment le printemps et l’été mais les gens de qualité demandaient également des interventions à domicile. En faisant la moyenne des bons et mauvais jours, un tondeur habile pouvait gagner quotidiennement une dizaine de francs.

Si aujourd’hui les déjections canines sont source de problèmes d’hygiène et de tracas financiers, elles procuraient autrefois à certaines personnes un revenu financier. On rencontrait communément des ramasseurs de crottes de chiens dans le quartier des Gobelins ou sur les bords de la Bièvre.

Tous les mégissiers qui préparaient les peaux de moutons fines, spécialement celles qui servaient à la garniture des buscs de corsets ou des doublures de porte-monnaie, avaient leurs fournisseurs attitrés car les crottes canines, comme tous les excréments d’animaux, contenaient un acide dont la chimie n’avait pas encore trouvé d’équivalent, et qui avait la propriété de ronger la graisse adhérente des peaux fraichement écorchées. Il les rendait souples et blanches (comme l’urine dans l’Antiquité).

Les selles des chiens étaient très recherchées par rapport à celles d’autres animaux car elles donnaient un acide assez fort pour dissoudre la graisse mais suffisamment doux pour préserver le grain des cuirs.

Pour les utiliser, on les mélangeait à de l’eau froide qu’on maintenait dans un bain entre 5 et 10 degrés pendant plusieurs semaines et qui prenait le nom de confit. Quand celui-ci était mûr, on le filtrait pour éliminer les morceaux d’os et d’autres substances digestives contenues dans les matières fécales susceptibles de trouver les peaux à tanner. Les cuirs macéraient ensuite dans ce mélange épuré et y prenaient la texture d’un velouté.

Dix kilos de crottes de chiens tamisées pouvaient nettoyer plusieurs centaines de peaux de moutons : cela correspondait à la production d’un bon mégissier et à la mesure d’un grand seau en fer blanc qu’un ramasseur faisait en une journée.  

Le seau se vendait 1,5 franc. Le prix n’était pas excessif pour un mégissier mais il n’y avait pas de quoi enrichir un ramasseur : cela permettait annuellement de payer son impôt.

Cette corporation était dominée par des vieillards et un certain nombre d’alcooliques pour qui quelques heures de travail étaient suffisantes. Certains ramasseurs plus organisés utilisaient une voiturette à bras pour visiter les grands chenils avoisinants, le Jardin d’Acclimatation, la fourrière et les grandes rues fréquentées par la gente canine comme la rue Croulebarbe.

A titre d’information, d’autres excréments d’animaux ont été utilisés pour la tannerie. Les fientes de pigeons étaient très recherchées pour l’assouplissement des cuirs forts, dits capotes, qui servaient à confectionner les capotes de voitures. Les matières fécales des fauves du Jardin des Plantes libéraient des acides très agressifs qui permettaient de traiter les peaux de chèvres très dures arrivées momifiées par le voyage et dont la graisse avait une consistance cornée. Les crottes de chats n’étaient pas utilisées en raison de leur virulence inégale et irrégulière.

Ainsi se termine notre rétrospective des petits métiers canins d’autrefois à Paris.

Sources : Centrale Canine Magazine n° 220 de décembre 2022 – p.29 à 31 par Jean-Hugues Decaux

Cet article a été sélectionné et rédigé par le Dr Carrère

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